A Radio France, la grande précarité des jeunes recrues

01 Jul 2022

Marie s’est fait peur ce jour-là. Elle était sur la route, de retour d’un contrat dans une station de France Bleu, quand elle a perdu la vision durant de longues secondes. « J’étais dans un état de fatigue extrême et j’ai soudain vu noir. Heureusement, j’étais en ligne droite, j’ai tenu le volant comme je pouvais », raconte la jeune journaliste de 27 ans (dont le prénom a été modifié), qui roulait alors d’une locale de la radio de service public à une autre, après des semaines à un rythme effréné à sillonner la France. Ployant sous la surcharge de travail, elle a depuis décidé de s’arrêter quelque temps – à l’instar d’autres jeunes journalistes contactés, essorés par les conditions de travail de leurs premières années au sein de Radio France.

Pigistes, ou bien contrats à durée déterminée (CDD) inscrits sur le « planning », le système d’enchaînement de contrats courts de l’entreprise : sans eux certaines tranches d’information du groupe – qui rassemble les quarante-quatre radios locales de France Bleu, France Inter, Franceinfo… – ne tourneraient pas. Ils sont une centaine à ce jour sur le planning et environ autant en pige (soit près d’un quart des journalistes de Radio France) ; ils sont sur le pont la nuit ou les week-ends, envoyés partout dans l’Hexagone pour des missions de courte durée, souvent jusqu’à l’épuisement.

La quinzaine de jeunes recrues qui ont accepté de nous parler ces derniers mois, sous couvert d’anonymat par crainte de « représailles », rapportent un même récit : celui d’une « précarité institutionnalisée », de journées de travail à rallonge et d’une pression intenable, pour lesquels « n’importe quelle entreprise privée se serait déjà fait épingler ».

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